Juin 2021 : départ de la 10ème campagne océanographique du réseau méditerranéen à bord du navire la Thalassa d’IFREMER © MOOSE

La Mer Méditerranée à bout de souffle ?

En juin dernier, la 10ème campagne océanographique du réseau MOOSE a eu lieu en Mer Méditerranée. Depuis plus d’une décennie, le laboratoire LOCEAN, les stations marines de Roscoff, Banyuls, Villefranche-sur-mer de Sorbonne Université, le laboratoire du MIO et le CEFREM sont impliqués dans ce Mediterranean Ocean Observing System for the Environment financé par le CNRS-INSU et l’Infrastructure de Recherche ILICO. Un réseau intégré et multidisciplinaire unique chargé d’observer et comprendre, de manière pérenne, l’évolution d’un bassin méditerranéen en proie aux conséquences majeures du changement climatique et des activités humaines.

La Méditerranée, « hot spot » de la biodiversité marine mondiale et du changement climatique

Étendue sur plus de 24 pays et territoires d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, la mer Méditerranée est la plus grande mer semi-fermée au Monde. Forte de ses 46000 kms de littoral, elle subit une pression humaine forte et accrue, générée par l’activité de 150 millions d’habitants et l’affluence de 200 millions de touristes par an et dont les conséquences ne sont pas maîtrisées : urbanisation, tourisme, trafic maritime, pollution, et surexploitation des ressources en particulier.

Photo : Carte géomorphologique de la Mer Méditerranée © GEBCO

D’un point de vue hydrographique, sa structure de bassin quasi-fermé et son positionnement géographique font de cette mer une des plus salées au monde, l’évaporation de ses eaux y étant plus forte que la normale en raison de son climat. La Méditerranée est aussi une mer avec une circulation thermohaline rapide (10 fois plus rapide que l’océan global) qui se réchauffe beaucoup plus vite que la normale, avec par exemple une augmentation de 1°C sur 30 ans pour la température de surface. Par conséquent, on y prédit une élévation du niveau de la mer qui pourrait dépasser un mètre d’ici 2100.

La partie nord-occidentale du bassin méditerranéen délimitée par la mer Ligure, le golfe du Lion, et le bassin Provençal est particulièrement très dynamique et répond de manière rapide et amplifiée au changement climatique et à ses conséquences multiples : perturbation du cycle hydrologique, modification de la dynamique de ses masses d’eaux, montée du niveau des mers, et enchainement d’évènements extrêmes (précipitations intenses, sécheresses) etc…L’observation à long terme de l’évolution de l’équilibre hydrologique de ce bassin méditerranéen nord-occidentale est donc cruciale pour mieux le comprendre et pouvoir prédire les impacts globaux du changement climatique.

Photo : Herbier de posidonies en Méditerranée

MOOSE, un réseau unique pour l’observation du bassin méditerranéen nord-occidental

Parsemée de nombreuses îles et bancs sous-marins, la Méditerranée constitue également l’un des réservoirs majeurs de la biodiversité marine et côtière. Alors qu’elle ne représente que 1% des eaux de la planète, elle abrite plus de 10 000 espèces marines avec 28% d’espèces endémiques, 7,5% de la faune et 18% de la flore marine mondiale.
Sur l’ensemble du bassin méditerranéen, un changement climatique exacerbé combiné à une trop forte pression anthropique a donc des conséquences désastreuses pour l’ensemble de cette biodiversité marine. L’ampleur des mutations sur les espèces de poissons et les habitats clés y sont largement observés ; la disparition de certaines espèces méditerranéennes uniques comme les herbiers de posidonies endémiques ou les coraux gorgones menace l’ensemble de l’écosystème marin.

C’est dans ce contexte que depuis 2010, un réseau intégré et multidisciplinaire a été initié en Méditerranée Nord-Occidentale sous l’égide du CNRS et du programme MISTRALS. Le réseau MOOSE (pour Mediterranean Ocean Observing System for the Environment) est un réseau régional installé de la côte au large, avec une approche multi-sites et multi-plateformes : des plateformes fixes de type stations CTD ou mouillages instrumentés, des plateformes mobiles de type planeurs sous-marins (ou gliders en anglais) ou flotteurs profileurs Argo.

Chaque suivi du réseau permet la collecte de données multiples et variées :

  • Des données littorales associées aux apports des rivières et aux dépôts atmosphériques ;
  • Des données marines physiques, chimiques et biologiques, pour le suivi des communautés biologiques, de la biodiversité et des processus hydrodynamiques et biogéochimiques.

En juin 2021, la 10ème campagne du réseau MOOSE s’est déroulée à bord du navire océanographique Thalassa de la Flotte Océanographique Française (FOF) parti du port de la Seyne-sur-mer. Le bassin nord-occidental méditerranéen a été sillonné pendant 24 jours pour aboutir à la réalisation de 125 stations d’observation et la maintenance de 4 mouillages.

Une partie de l’équipage scientifique à bord de la 10ème campagne océanographique © MOOSE

Les flux de données collectées en temps réel et en temps différé s’accumulent décennie après décennie. Ils sont essentiels pour faciliter la validation des modèles océanographiques opérationnels et permettre les analyses et les prévisions.
L’établissement de scénarios d’évolutions du climat et de l’écosystème Méditerranéen est la clé pour explorer l’évolution future de la Méditerranée face au changement climatique et aux pressions anthropiques. A long terme, des solutions doivent être trouvées dans une logique d’adaptation et de résilience des populations humaines comme des espèces marines.

Récupération d’un flotteur profileur Bio-Argo lors de la 10ème campagne © Laurent COPPOLA

Inscrit dans une logique de coopération européenne, le projet MOOSE partage largement ses objectifs scientifiques avec des observatoires similaires déployés en Espagne, en Italie et en Grèce. La coordination de ces observatoires au niveau européen et leur extension à d’autres zones-clés comme le Sud et l’Est du bassin Méditerranéen sont les enjeux de demain pour disposer des données permettant une vision globale de la Méditerranée.

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