RIOMar, ou comment gérer durablement les zones côtières françaises sous pression des fleuves

23/05/2023

6 minutes

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océans et technologies

Le projet français RIOMar (River-dominated Ocean Margins), lauréat du Programme Prioritaire de Recherche « océan & climat », propose l’étude approfondie de l’environnement de cinq grandes zones côtières de France métropolitaine placées sous l’influence de fleuves.

Son objectif est d’apporter des solutions scientifiquement fondées pour maintenir ou retrouver des écosystèmes durables dans des régions particulièrement soumises au changement climatique et aux apports anthropiques transportés et déposés par les fleuves.

Des solutions scientifiquement fondées pour réduire les risques sur des écosystèmes côtiers vulnérables

Les zones littorales sont cruciales pour l’humanité, en particulier celles dominées par les fleuves qui se déversent dans l’océan. Leur évolution future est un véritable défi, quand on sait que 80% de la population mondiale vivra à moins de 40 kilomètres des côtes d’ici à 2030.

A la frontière entre terre et mer, les estuaires, lagunes et deltas voient s’imbriquer quotidiennement les eaux douces et les eaux marines. Les grands estuaires de France (Seine, Loire et Gironde) ou le delta du Rhône ne sont que quelques exemples de milieux dits “de transition” qui occupent notre littoral.

Si les 885 communes littorales de la France métropolitaine concentrent aujourd’hui plus de 10 % de la population, ce sont près de 4,5 millions d’habitants supplémentaires qui sont attendus dans ces régions d’ici à 2040, selon les dernières estimations (source : Ministère de la transition écologique). Dans ces conditions, l’environnement océanique côtier de ces régions sera de plus en plus vulnérable à de nombreux facteurs de stress humains et climatiques combinés : réchauffement, acidification, eutrophisation*, hypoxie*, contamination, événements extrêmes entre autres.

Simuler leur évolution sous l’influence combinée de la pression anthropique et du changement climatique est un défi majeur à relever. Le nombre de paramètres inconnus, et souvent difficilement prévisibles, est très important. Cela impose de mettre en œuvre une démarche globale, reposant notamment sur l’analyse pluridisciplinaire des nombreux facteurs environnementaux influençant ces zones littorales. Les connaissances ainsi produites permettront de co-construire, avec les gestionnaires de l’environnement, des solutions basées sur la science pour le développement durable des zones littorales.

 

Une approche intégrée originale, pluridisciplinaire et innovante

Etabli sur 6 ans (2022-2028), le projet RIOMar (River-dominated Ocean Margins) doit répondre à l’ensemble de ces problématiques. Les études scientifiques menées dans le cadre de ce projet concerneront cinq grandes zones côtières métropolitaines influencées par de grands fleuves :  la Seine, la Loire, la Gironde, le Rhône et la Charente.

Différents scénarios d’évolution seront envisagés avec les nombreux acteurs de ces territoires. Des indicateurs pertinents seront mis en place, en concertation avec les gestionnaires de l’environnement, pour permettre de proposer des solutions adaptées et durables pour les politiques publiques.

Image de la couleur de l’eau acquise par le capteur MERIS du satellite européen Envisat le 06/04/2011

Image de la couleur de l’eau acquise par le capteur MERIS du satellite européen Envisat le 06/04/2011 – Crédit image : Agence Spatiale Européenne (ESA)

 

Suivant une approche globale, originale et innovante, le projet RIOMar travaillera donc autour de trois grandes actions principales :

  1. Définir et concevoir un futur réseau d’observation augmentée des écosystèmes océaniques côtiers

Un pas en avant sera fait vers des systèmes d’observation interconnectés et l’observation intelligente, provenant de l’imagerie satellitaire et d’observations multidisciplinaires (physique/ biogéochimie/ biologie) réalisées in-situ : mesures de la surface au fond en points fixes, plateformes mobiles comme les planeurs ou les drones, ou encore observations participatives. Des travaux seront également menés pour permettre une gestion optimisée des données collectées, et faciliter leur intégration dans les modèles numériques.

  1. Développer la modélisation numérique couplée de l’océan côtier

Des modèles numériques de l’océan côtier, couplant océan et atmosphère et intégrant la physique et la biogéochimie à haute-résolution (inférieure à 1km), seront développés. Les simulations intégreront les facteurs de stress climatiques et anthropiques et se concentreront sur trois périodes du 21e siècle : le passé récent (2000-2020) et la période actuelle (2022-2025) pour comprendre l’effet des mesures environnementales déjà mises en œuvre, la période d’émergence des impacts climatiques autour de 2050 (2030-2050) et la fin du 21e siècle avec des impacts climatiques plus forts (2080-2100).

  1. Intégrer des outils basés sur l’intelligence artificielle et des indicateurs-clés fusionnés pour proposer des solutions scientifiques dans ces régions côtières influencées par les fleuves.

Un consortium unique et diversifié

Piloté par Christophe Rabouille, directeur de recherche au CEA au sein du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, le projet RIOMar représente un effort coordonné avec l’ensemble du réseau français de recherche côtière.

Il rassemblera des compétences scientifiques pluridisciplinaires allant de la circulation océanique à la biogéochimie, en passant par la biologie, l’observation, la modélisation, l’IA, la gestion des données. Ces compétences sont réparties dans 19 laboratoires de recherche français partenaires du projet RIOMar avec, aux côtés du CEA, Ifremer, CNRS, IRSN, OFB, Université d’Angers, Université de Perpignan, Université de Bordeaux, Université de La Rochelle, Université de la Côte d’Opale, Nantes Université, Université Paris Cité, Sorbonne Université, Université Versailles SQ, Ecole Centrale Nantes, Université Caen, Université Toulouse III, Aix-Marseille Université, et Université de Lille .

D’autres partenaires soutiennent le projet RIOMar, en particulier Mercator Océan, société à but non lucratif, ou encore Astrolabe Expéditions et Climates, deux ONG citoyennes impliquées dans l’observation citoyenne ou la sensibilisation de la jeunesse pour le climat et les océans.

Le projet RIOMar est structuré autour d’un comité scientifique, d’un comité des partenaires et d’un comité scientifique international pour s’assurer d’un lien étroit avec les efforts internationaux.

RIOMar s’inscrit dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour l’océan 2021-2030. Au niveau européen, il vient en complément des projets CoastPredict et JERICO-RI.

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