La Conférence de Barcelone trace la voie vers une économie océanique durable

26/05/2024

6 minutes

Pour tout le monde

océans et nous

En avril 2024, la Conférence de la Décennie des Océans s’est tenue à Barcelone, rassemblant plus de 1 500 participants en personne et des milliers de participants virtuels. Cet événement, organisé par l’UNESCO et la Commission Océanographique Intergouvernementale, a été marqué par des discussions cruciales sur l’avenir de la science et de la gouvernance des océans. La conférence s’est concentrée sur les priorités pour les années à venir, mettant en lumière les stratégies et les initiatives nécessaires pour protéger les écosystèmes marins, promouvoir une économie bleue durable et renforcer la résilience des communautés côtières face aux défis environnementaux actuels.

Par Laurie Henry

La Conférence de Barcelone s’inscrit dans un contexte global de renforcement de la gouvernance des océans, marqué par des développements récents tels que l’Accord sur la biodiversité marine des zones situées au-delà de la juridiction nationale (BBNJ), le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal et le Dialogue océan-climat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ces initiatives soulignent l’urgence d’améliorer notre compréhension et notre gestion des écosystèmes marins face aux pressions croissantes exercées par les activités humaines et le changement climatique. La pollution marine, l’acidification des océans, la surpêche et la perte d’habitats sont autant de menaces qui nécessitent une action concertée et des solutions innovantes pour garantir la santé des océans et la sécurité alimentaire des populations côtières.

L’objectif de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques (2021-2030) est de mobiliser la communauté scientifique mondiale pour répondre aux défis critiques liés aux océans. Depuis son lancement, cette initiative a catalysé la création de plus de 50 programmes scientifiques internationaux, engageant des équipes transdisciplinaires pour atteindre les dix défis définis par la Décennie, notamment la compréhension des impacts des pollutions marines, la gestion durable des pêches et la résilience climatique des écosystèmes côtiers.

Les discussions de la conférence de Barcelone ont permis de définir une vision commune pour les priorités futures, en s’appuyant sur les résultats du processus Vision 2030. Ce processus a identifié des domaines clés où la science océanique peut apporter des solutions pratiques et durables, renforçant ainsi la capacité des communautés à s’adapter aux changements environnementaux et à préserver les écosystèmes marins pour les générations futures.

Méthodologies collaboratives pour la gestion durable des océans

Les travaux de la Conférence de Barcelone ont été structurés autour de discussions et d’ateliers visant à identifier les priorités scientifiques et de gestion pour les années à venir. Ces sessions ont permis de dégager des axes d’action concrets, tels que la co-conception et la co-réalisation d’initiatives scientifiques axées sur la gestion intégrée des écosystèmes marins et côtiers.

Parmi les priorités, on trouve la compréhension des impacts de la pollution marine sur la santé humaine et les écosystèmes, l’amélioration des approches de gestion basées sur les écosystèmes pour les zones marines et côtières, et la promotion de la résilience des pêcheries et de l’aquaculture face aux multiples stress environnementaux. L’innovation dans la production alimentaire aquatique, particulièrement en ce qui concerne les pays en développement, a également été mise en avant, avec un appel à renforcer les partenariats public-privé pour soutenir cette innovation.

Conférence de Barcelone 2024 © UNESCO

Un aspect clé de la conférence a été l’importance de la collaboration intersectorielle, réunissant gouvernements, ONG, secteur privé et communautés locales. Cette approche inclusive vise à intégrer les connaissances scientifiques dans les politiques et pratiques de gestion des océans, tout en valorisant les savoirs indigènes et locaux.

 La conférence a souligné la nécessité de renforcer les cadres politiques nationaux, régionaux et internationaux pour qu’ils servent de moteurs à la génération et à l’utilisation des connaissances scientifiques. Elle a également insisté sur l’importance d’une gouvernance adaptative, capable de répondre rapidement aux nouvelles données et aux changements environnementaux, et sur le besoin crucial d’investir dans les infrastructures scientifiques océaniques, comme les systèmes de surveillance de la pollution marine et les observations océaniques interopérables.

Résultats stratégiques et initiatives clés pour l’avenir des océans

Parmi les priorités définies pour la Décennie des Océans, les experts ont souligné l’importance de cartographier la distribution globale des polluants éternels et de comprendre leurs effets sur les chaînes alimentaires marines et terrestres. Un autre axe prioritaire concerne la gestion des écosystèmes profonds, notamment leur vulnérabilité face aux activités économiques émergentes et au changement climatique.

La promotion d’une économie océanique durable et résiliente, intégrant la gestion des pêcheries industrielles et artisanales ainsi que le développement de nouvelles formes de production alimentaire aquatique, a également été identifiée comme essentielle pour garantir la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés côtières.

Parmi les initiatives majeures annoncées lors de la conférence, le lancement de nouveaux programmes sur la planification océanique durable et la gestion des océans en Afrique est particulièrement notable. Ces programmes visent à renforcer les capacités des pays africains en matière de gestion intégrée des zones côtières et marines, en favorisant des partenariats public-privé et en mobilisant des financements internationaux.

La création d’un centre collaboratif à Barcelone, soutenu par le Conseil municipal de Barcelone et le Port de Barcelone, a également été annoncée. Ce centre se concentrera sur le développement d’une économie océanique durable, en intégrant des aspects environnementaux, sociaux et économiques. De plus, l’introduction de l’Ocean Matcher Tool vise à faciliter le financement philanthropique des actions de la Décennie, en mettant en relation des projets océaniques avec des donateurs potentiels.

La conférence a souligné l’importance d’adapter les priorités identifiées aux contextes régionaux et nationaux, en mettant un accent particulier sur les besoins des petits États insulaires en développement (PEID) et des pays les moins avancés (PMA). Cela inclut la promotion de l’échange et de la collaboration Sud-Sud pour renforcer les capacités locales et régionales en sciences océaniques. Par exemple, de nouvelles opportunités de financement pour l’Afrique ont été lancées par le Belmont Forum, et le Marine Institute d’Irlande a annoncé des fonds spécifiques pour les PEID.

En outre, l’accent a été mis sur l’importance de la formation et du développement des capacités, notamment pour les jeunes professionnels de l’océan, afin de garantir une relève compétente et diversifiée dans le domaine des sciences océaniques.

Voir le site de l'UNESCO

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