Pour l’océanographe Herlé Mercier, « L’océan, c’est la mémoire de la Terre »

16/04/2024

9 minutes

INTERVIEWS

Océanographe physicien, Herlé Mercier est directeur de recherches CNRS au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (CNRS/Ifremer/IRD). Il est aussi le concepteur et premier chef de mission en 2002 du programme Ovide, pour Observatoire de la variabilité interannuelle et décennale, qui décrit et suit le courant nord-atlantique, composante de l’Atlantic Meridional Overturning Circulation (circulation méridienne de retournement Atlantique), courant déterminant pour notre climat tempéré européen.

Les fenêtres du bâtiment du Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (LOPS), basé sur le centre Ifremer de Plouzané (Finistère), offrent une vue imprenable sur le goulet de Brest, quoiqu’il soit un peu bouché par la brume en cette fin d’après-midi de début avril. Ici, aux portes de l’océan Atlantique Nord, nous retrouvons Herlé Mercier, océanographe physicien et directeur de recherches CNRS dans ce laboratoire (créé en 2016) composé de chercheurs du CNRS, de l’Ifremer et de l’IRD. Après une thèse soutenue en 1983 et un post-doctorat au MIT à Boston, il y aura passé toute sa carrière, entrecoupée de longs séjours en mer sur les navires océanographiques français, espagnols, américains, ou encore anglais. Herlé Mercier revient ici sur son parcours et nous livre sa vision de l’océan et des changements à venir pour sa discipline.

Propos recueillis par Maud Lénée-Corrèze

Pourquoi avez-vous choisi l’océanographie physique ?

Herlé Mercier : Ayant grandi sur la côte et commencé à faire de la voile très jeune, j’ai développé une attirance forte pour le milieu marin. Et j’adorais la physique. C’est tout naturellement que je me suis inscrit au DEA d’océanographie physique à l’université de Brest. Ça me plaisait, et la passion de la mer m’a conduit à me tourner vers les observations in situ plutôt que la modélisation, pour continuer à pouvoir aller sur l’eau, voir comment l’océan fonctionne réellement.

Dans le cadre de votre recherche, à quels grands programmes avez-vous participé ?

H. M. : Le premier, c’était le World Ocean Circulation Experiment (WOCE), dans les années 1990,  qui nous a permis d’obtenir une première photographie, un peu floue certes, de la circulation thermohaline mondiale [circulation dont les moteurs principaux sont les changements de température et de salinité, qui font s’enfouir ou remonter les masses d’eaux, ndlr]. J’étais responsable de l’expérience Romanche, du nom de la faille de la Romanche (entre 2 degrés Nord et 2 degrés Sud) qui permet la circulation des eaux de fond entre le bassin ouest et le bassin est de l’Atlantique équatorial.

Depuis 2002, je travaille sur Ovide en Atlantique Nord, un grand programme de relevés hydrographiques et des traceurs biogéochimiques [éléments chimiques ou isotopes qui permettent de retracer l’histoire d’un processus (sels nutritifs, oxygène, salinité, chlorofluorocarbures, qui sont des gaz fluorés d’origine anthropique), ndlr] entre le Portugal et le Groenland. Grâce à ce projet, nous observons la variabilité de la circulation méridienne de retournement en Atlantique, l’AMOC, qui fait partie de la circulation thermohaline, et qui est responsable de notre climat tempéré en Europe. Nous suivons aussi le cycle du carbone, pour voir où il est absorbé par l’océan et où il est enfoui, ainsi que les évolutions des propriétés des masses d’eau et la circulation profonde.

En parallèle du programme Ovide, j’ai aussi participé à l’expérience Reykjanes Ridge conduite par Virginie Thierry, dont l’objectif était de regarder comment l’interaction des courants avec la topographie des fonds de la dorsale de Reykjanes, au sud-ouest de l’Islande, modifiait le parcours du courant nord-atlantique, composante de l’AMOC qui fait remonter les eaux chaudes du sud vers le nord. Nous avons mis à l’eau des courantomètres pour deux ans, fait des relevés hydrographiques, afin d’avoir une base de données importantes pour cet endroit précis.

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