La start-up Oceano Vox et l’Ifremer s’associent pour connecter plaisanciers et scientifiques

pexels-george-desipris-couv Photo by GEORGE DESIPRIS

La start-up Oceano Vox et l’Ifremer s’associent pour connecter plaisanciers et scientifiques

La start-up française Oceano Vox entend révolutionner la science en misant sur les sciences participatives et l’internet des objets (IoT). Des boitiers noirs, placés sur des centaines (voire des « milliers » à terme selon la start-up) de bateaux à travers le monde, récoltera des données atmosphériques et océanographiques qui seront transmises plusieurs fois par jour à l’Ifremer, l’Institut français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer.

C’est un petit boitier noir, pas plus grand qu’un smartphone, que n’importe quel plaisancier peut embarquer sur son voilier. Le prototype actuel collecte la température et le taux d’humidité de l’air ainsi que la pression atmosphérique, qu’il agrège aux données issues de la centrale de navigation du bateau, à savoir la position de la donnée ainsi que la force et la direction du vent. Dans un futur proche, il est prévu que le boitier mesure aussi la température de l’eau et la salinité. D’autres paramètres physico-chimiques de l’océan pourront également être mesurés par ce boitier, comme le taux de pH et de CO2 dans l’eau.

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Boitier Oceano Vox. © Oceano Vox

 

L’océanographie opérationnelle

Les données seront transférées à l’Ifremer via la constellation de nanosatellites français Kineis, le troisième partenaire du consortium. Ces mesures serviront à alimenter les modèles d’océanographie opérationnelle qui permettent de suivre et prévoir en continu le devenir de l’océan.

Comme la météorologie opérationnelle, l’océanographie opérationnelle vise la fourniture aux citoyens et aux décideurs de services d’information fiables et ciblés sur l’état passé, présent, et futur de l’océan. Cela exige d’observer l’océan et les conditions météorologiques de surface, systématiquement et dans la durée, de traiter et distribuer en temps réel les données acquises pour permettre leur ingestion par des modèles numériques ou d’autres systèmes d’information, et, in fine, de diffuser des informations aux utilisateurs.

L’océan étant encore plus difficile à observer in situ que l’atmosphère, l’essor de l’océanographie opérationnelle doit beaucoup à l’émergence des satellites d’observation des océans. Mais les données de température et d’humidité de l’eau collectées par les satellites sont souvent bruitées, peu précises et à utiliser avec beaucoup de précaution.

Démocratiser les mesures de l’océan

Selon l’Ifremer, il est grand temps de s’atteler au développement de ce type de solutions. « Des plaisanciers nous appellent chaque semaine pour voir s’ils peuvent collecter des données scientifiques durant leur voyage mais nous n’avons rien de bien concret à leur proposer » commente Lucie Cocquempot, coordinatrice de l’observation océanographique au sein de l’Ifremer.

« Quand Oceano Vox est venu frapper à notre porte pour nous vendre des données, nous leur avons répondu qu’en tant qu’institut de recherche public, ce n’était pas notre philosophie. » Mais l’Ifremer y a vu un intérêt. Pourquoi ne pas collaborer et développer ensemble un produit innovant pour démocratiser les mesures de l’océan ?

« Ce qui nous intéresse, c’est de tester les performances de ce boitier dans un large spectre de conditions afin d’identifier la marge d’erreurs par rapport à nos appareils de mesure traditionnels qui coûtent très chers et requièrent de la maintenance » continue Lucie Cocquempot. Oceano Vox et l’Ifremer ont donc répondu ensemble à un appel à projets de Kineis visant à booster le développement de services marins utilisant l’internet des objets via leur constellation de nanosatellites.

Eviter le goulot d’étranglement du traitement de la donnée

Cette première étape de la collaboration va permettre de développer la technologie nécessaire pour démocratiser la recherche, en travaillant sur l’amélioration du boîtier Oceano Vox, mais elle offre aussi une opportunité unique aux scientifiques de l’Ifremer de penser un protocole de sciences participatives qui tient la route avec une communauté de plaisanciers existante et gérée par Oceano Vox. Lucie Cocquempot : « On sait bien que quand un projet de sciences participatives fonctionne bien, on se retrouve assez vite face à un goulot d’étranglement au niveau du traitement de la donnée. On va donc réfléchir attentivement à la mise en œuvre opérationnelle de la science participative et Oceano Vox nous semblait être un bon cas d’école. »

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Application sur smartphone. © Oceano Vox

Liens avec l’économie bleue

Pour assurer sa rentabilité, la start-up Oceano Vox mise sur la vente des données récoltées à d’autres acteurs de l’économie bleue comme les compagnies d’assurances de bateaux, les sociétés de location de bateaux et les fournisseurs d’application d’aide à la navigation. « Nous visons des entreprises intéressées de connaître la position des bateaux et les conditions météorologiques associées » s’enthousiasme Antoine Cousot, le fondateur d’Oceano Vox.

Et l’intérêt pour le plaisancier ? Outre le fait qu’il contribue à un programme de recherche participative, il a accès aux données des autres bateaux de la communauté en temps réel. « Actuellement, notre communauté compte 300 bateaux inscrits sur notre première plateforme et quelques milliers sont en attente de la sortie de l’application » précise Antoine Cousot. « En tant que marin, cela peut être très intéressant de voir qu’un bateau devant soi est en train de se faire balayer par un grain à 45 nœuds. C’est un outil qui permettra d’anticiper les systèmes météorologiques locaux et violents. »

Le boitier sera disponible gratuitement pour les plaisanciers dès juillet 2023.

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