derive plastique indonesie

Indonésie : des chercheurs démontrent que la majorité des déchets marins flottants issus des rivières indonésiennes reviennent s’échouer sur les côtes

Par Marie-Amélie Lenaerts

Des chercheurs français et indonésiens ont étudié la dérive de surface des déchets plastiques dans les mers indonésiennes. Grâce à la modélisation numérique, ils ont pu observer que la majorité des déchets plastiques qui arrivent en mer par les rivières indonésiennes s’échouent sur les côtes indonésiennes plutôt que de dériver au large. Ces résultats montrent aussi que les autorités locales ou les associations non-gouvernementales peuvent agir directement sur la pollution de leur littoral.

Début 2020, Christophe Maes, océanographe physicien à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement durable), se rend à Bali dans le cadre d’un colloque international sur les débris marins mondiaux organisé par l’APEC. Là-bas il découvre la photo d’un coalacanthe mort retrouvé par un pêcheur indonésien. Cause potentielle de la mort : des emballages plastiques de chips Lay’s retrouvés dans ses intestins.

L’image ne le laisse pas indifférent : « Se dire que des poissons aussi mythiques pourraient disparaître alors qu’ils ont survécu des centaines de millions d’années sur terre, tout ça parce qu’on n’est pas capable de gérer nos déchets plastiques, c’est dramatique. »

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L’Indonésie est le deuxième plus grand émetteur de déchets non-traités (« mismanaged plastic waste ») après la Chine. Véritable fléau, les autorités ont mis en place un plan national de lutte contre les déchets plastiques.

Modéliser la dérive des déchets plastiques

De retour en France, Christophe Maes accepte de prendre en charge la coordination du projet de suivi et de modélisation de la dérive des déchets plastiques dans les mers indonésiennes. Un projet financé par l’AFD (l’Agence française de développement) et mis en œuvre par l’IRD et l’entreprise française CLS. L’objectif est de comprendre d’où viennent les déchets plastiques qui s’échouent sur les plages indonésiennes : à quel endroit sont-ils arrivés dans la mer et comment ont-ils dérivé ?

L’intention du projet est de renforcer la connaissance des débris marins, en particulier le plastique, afin que les autorités indonésiennes mettent en œuvre des programmes appropriés et efficaces pour lutter contre la pollution du littoral.

60 % des particules restent près des côtes

Les chercheurs sont partis de l’hypothèse que les déchets plastiques qui arrivent en mer proviennent de rivières à fort débit et qui sont proches des zones de forte urbanisation. Ils ont donc sélectionné 21 rivières indonésiennes qui combinent deux paramètres importants : une connexion à la mer tout en traversant des zones densément peuplées, surtout à l’embouchure.

Grâce à la modélisation numérique, ils ont pu lancer 2 millions de particules « fictives » depuis les 21 rivières sélectionnées et ont observé leur devenir sur une période de 4 ans.

Bilan général : près de 40 % des particules se dispersent et partent vers le large, dans les mers indonésiennes, l’océan Indien et l’océan Pacifique, et environ 60 % restent près des côtes et finissent par s’échouer. Ce résultat a surpris les chercheurs : « On pensait avoir beaucoup plus de dispersion en mer, avec des particules qui quittent progressivement les eaux indonésiennes au fil des années pour aller vers les eaux d’autre pays. Mais ce n’était pas le cas. On s’est aperçu que les particules restent dans les eux indonésiennes, même au bout de plusieurs années. Elles ne sont donc pas assujetties à la dynamique océanique de grande échelle. »

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Qu’est-ce qui explique que certaines particules – la majorité en l’occurrence – ne prennent pas le large ? Christophe Maes explique que les particules, une fois arrivées en mer, sont soumises à différents processus dynamiques : les courants océaniques mais aussi l’effet de marée et l’effet résiduel des vagues. C’est ce dernier paramètre qui semble jouer un rôle plus important que prévu. Quand une vague passe, la particule est entrainée dans un mouvement vertical mais subit aussi un léger déplacement horizontal. C’est cette dynamique singulière et de petite échelle spatiale qui a tendance à garder les particules près des côtes.

Un atlas pour aiguiller les autorités et les associations

Les zones côtières qui concentrent une grande quantité de particules ont été cartographiées dans un atlas à destination des autorités locales. C’est la Ministre française de la mer, Annick Girardin, qui a transmis cet atlas lors d’une visite officielle en juin 2021.

L’atlas montre aussi des pics saisonniers de pollution, la mousson jouant un rôle majeur.

L’atlas a également été transmis à deux associations présentent sur le terrain en Indonésie : Plastic Nomad et The SeaCleaners. C’est le travail avec ces associations qui permet aux chercheurs de valider les modèles numériques avec des observations in-situ. Un travail qui est toujours en cours.

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