bateau thalassa R/V Thalassa pendant la campagne PIRATA (photo : B.Bourlès, mars 2018)

Étudier les interactions océan-atmosphère : la 32ème édition d’une campagne ambitieuse

Pour la 25ème année consécutive du programme, la campagne océanographique PIRATA a quitté le port de Las Palmas aux iles Canaries, le 28 février 2022. A son bord, l’équipe française d’une collaboration internationale réunissant la France, le Brésil et les États-Unis embarque sur le navire de recherche Thalassa de la Flotte Océanographique Française pour 39 jours de mer.

L’objectif de la mission : étudier l’interaction océan-atmosphère dans l’Océan Atlantique tropical, en assurant la maintenance d’un réseau d’observations essentiel pour les prévisions saisonnières, météorologiques, climatiques et océaniques.

Une zone stratégique, des conditions de campagne parfois incertaines mais un cap conservé

Le principe même des campagnes annuelles du programme PIRATA (« Prediction and Research Moored Array in the Tropical Atlantic ») est de collecter sur le long terme des données océaniques et atmosphériques dans l’Océan Atlantique tropical, une région clé dans la régulation thermique de la planète tant son rôle dans la redistribution de la chaleur de l’équateur aux pôles est fondamental. Phénomènes El Niño, cyclones, mousson africaine, mais aussi activités commerciales des populations et présence de ressources…cette région est stratégique tant dans son rôle global sur le climat que sur l’apparition de phénomènes météorologiques aux effets régionaux dévastateurs pour les populations.

Pourtant, cette année, des facteurs géopolitiques, économiques et météorologiques (arrivée tardive de matériel à cause de l’engorgement maritime dû au Covid, tempête Eunice dans le Golfe de Gascogne, situation Covid à bord) ont bien failli empêcher l’appareillage du navire Thalassa, illustrant à quel point ce qu’il se passe sur l’océan est aussi lié à ce qu’il se passe sur terre.

Ce bâtiment de la Flotte Océanographique Française opérée par l’IFREMER est ainsi parti avec 4 jours de retard, mais la majeure partie des travaux a pu être maintenue dans le but d’atteindre les principaux objectifs de la mission.

bateau thalassa
R/V Thalassa pendant la campagne PIRATA (photo : B.Bourlès, mars 2018)

Les objectifs de la campagne et les moyens pour les atteindre

PIRATA est un programme d’océanographie opérationnelle mis en place en 1997 sous l’égide du programme international CLIVAR (Climate Variability and predictability), et réalisé dans le cadre d’une coopération multinationale (France, Brésil, USA, pays engagés via un Memorandum of Understanding depuis 2001).
Dédié à l’étude des interactions océan-atmosphère dans l’Atlantique Tropical, ce programme permet chaque année d’approfondir les connaissances scientifiques sur le lien entre l’océan et les variabilités climatiques de la région.

Pour ce faire, l’équipe scientifique composée de 14 personnes (chercheurs, ingénieurs, techniciens) est en charge d’assurer la maintenance de 6 bouées météo-océaniques du réseau PIRATA dédié au suivi des échanges océan-atmosphère.

Elle va également effectuer d’autres opérations et mesures, contribuant ainsi au système global d’observation des océans, telles que le remplacement d’un mouillage courantométrique, la réalisation de profils hydrologiques, le remplacement de capteurs CO2, le déploiement de bouées dérivantes et de profileurs autonomes ARGO, et le prélèvement d’échantillons d’eau de mer pour l’analyse de nombreux paramètres physiques, chimiques ou biologiques tout au long du parcours.

Quelles données sont étudiées ?

Les observations océaniques (température et salinité entre la surface et 500m de profondeur, courant superficiel en certains sites) et météorologiques (vent, humidité relative, température de l’air, pluviométrie, radiation incidente à la surface de l’océan), acquises et transmises quotidiennement par les bouées permettent de suivre et de comprendre l’évolution de la structure thermique superficielle, les transferts entre l’océan et l’atmosphère de chaleur et d’eau douce, les variations spatiales et temporelles des courants.

Les échanges de CO2 entre l’océan et l’atmosphère sont également estimés.

Enfin, si le programme PIRATA consiste essentiellement à effectuer des mesures de paramètres océaniques, atmosphériques et chimiques, il va également permettre le remplacement de récepteurs acoustiques présents sur 6 bouées météo-océaniques (un par site à 200m de profondeur) dédiés au suivi de mammifères marins préalablement bagués, et des prélèvements d’algues (les Sargasses), de crustacés présents sur les bouées et des morceaux de thons (si péchés) pour analyser leur teneur en mercure.

Le panel des données recueillies est large car les interactions océan – atmosphère sont bien sûr complexes. Et cela, les différents instituts de recherche et programmes européens et internationaux, l’ont bien compris.

carte expedition

Enjeu global, soutiens multiples

Depuis 2013, PIRATA maintient un réseau de 18 bouées météo-océaniques et constitue un réseau d’observations structurant en Atlantique Tropical pour la prévision climatique et la recherche, notamment dans le cadre de programmes Européens. PIRATA contribue à OceanSITES et est une des composantes majeures du Tropical Atlantic Observing System (TAOS).

A l’échelle nationale, PIRATA est labellisé « observatoire national » depuis 2001 et sa labellisation en tant que « Service National d’Observations -SNO- Océan-Atmosphère », essentiellement soutenu par l’IRD et Météo-France, a été reconduite pour la période 2020-2024.

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