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Connecter les sciences océaniques à la société : une urgence

Retour sur le « One Ocean Summit », par océans connectés

À Brest, le 11 février 2022, à l’invitation du Président de la République française Emmanuel Macron, une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernements se sont réunis pour prendre des engagements communs en faveur de la préservation des océans. Lors de cet inédit “One Ocean Summit”, les annonces ont été nombreuses. Elles marquent une volonté politique internationale forte d’agir d’urgence pour la santé des océans.
De nombreuses réunions internationales sont programmées en 2022, en particulier le sommet de l’ONU sur les océans qui doit se tenir au mois de juin à Lisbonne. Les annonces du sommet qui vient de se dérouler à Brest donnent le signal d’une dynamique prometteuse.

Des « engagements de Brest » forts et positifs

Au titre de cette dynamique nouvelle, le sommet international a été marqué par treize engagements politiques forts pour la santé des océans. Rassemblées désormais sous le nom « Engagements de Brest », ils ont été déclinés autour de quatre grands thèmes :

  • la protection des écosystèmes marins et la promotion de la pêche durable : de nombreux États ont réaffirmé leur intention de protéger 30% de leur Zone Économique Exclusive (ZEE) d’ici 2030. La France atteint 33% d’aires marines protégées, grâce à l’extension de la réserve naturelle des Terres Australes et Antarctique Française. En complément, des mesures de contrôle et de sanction doivent être mises en place ou renforcées pour lutter contre la pêche illicite et préserver la biodiversité marine
  • la lutte contre la pollution plastique : les négociations autour de l’adoption d’un traité international juridiquement contraignant sur la pollution plastique, en discussion depuis plusieurs mois, doivent reprendre au printemps prochain. Ce traité doit montrer la voie vers la fin du plastique à usage unique. En complément, de nombreuses banques et investisseurs se sont engagés à investir dans des projets visant la réduction des déchets plastiques dans les océans
  • la lutte contre le changement climatique : la restauration et la conservation des écosystèmes côtiers ont été unanimement reconnues comme les mesures nécessaires pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, en s’appuyant sur le potentiel de solutions offertes par l’océan lui-même. Des engagements complémentaires ont été annoncés pour le développement des énergies renouvelables en mer, comme pour la décarbonation et le “verdissement” du transport maritime
  • un traité de la haute mer : une coalition formée par les 27 États membres de l’Union européenne et 13 autres pays s’engage à adopter dès cette année, un traité de la haute mer. Ce traité a pour objectif la préservation et l’usage durable de la biodiversité marine dans les zones au-delà des juridictions nationales. Ces espaces débutent à 200 milles nautiques (370 kilomètres) des côtes, et représentent 64% des océans. Leur exploitation n’est aujourd’hui soumise à aucun cadre légal.
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Le Président français Emmanuel Macron entouré de chefs d'États et de gouvernements lors du One Ocean Summit, le vendredi 11 février 2022 à Brest © EPA

Investir dans les sciences océanographiques est une nécessité

Lors de cette première édition du “One Ocean Summit”, deux journées de forums et ateliers ont rythmé les débats en amont de la rencontre des chefs d’États et de gouvernements. Scientifiques, marins, navigateurs, associations, entrepreneurs, collectivités et société civile ont échangé leurs connaissances, leurs expériences et leurs points de vue sur les solutions à adopter pour un océan durablement préservé.
Avec un constat unanimement partagé : on ne peut pas protéger ce que l’on ne connaît pas ; il est donc nécessaire d’accroître nos connaissances sur l’océan.

Cela fait plusieurs décennies que les scientifiques coopèrent internationalement, autour notamment de la CIO (Commission Intergouvernementale Océanographique) de l’UNESCO. Pour mutualiser leurs ressources et mener à bien les expérimentations en mer et les travaux de recherche, la plupart des grands projets océanographiques sont bâtis sur le principe de la coopération internationale.
Aujourd’hui, c’est fort de l’expérience de ces programmes internationaux que les scientifiques alertent sur l’état de santé dégradé d’un océan qui suffoque sous le poids des activités humaines : surexploitation, pollution, acidification etc…

Malgré tout, nous sommes encore bien loin de comprendre la richesse, la diversité, le fonctionnement et tous les mécanismes qui régissent nos océans. La société et l’ensemble de ses acteurs doivent investir sur le long terme dans les sciences océanographiques. C’est une nécessité pour mieux comprendre, mieux agir et mieux préserver.

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Campagne océanographique Ovide en Atlantique-Nord © P.Lherminier - IFREMER

Connecter science et société, une urgence

Les enjeux à venir pour préserver un océan suffoquant sont immenses. Et la science nous le dit aujourd’hui avec certitude : il est grand temps d’agir!
Il nous faut rapidement agir maintenant et autrement, changer certaines de nos habitudes, emprunter une autre voie.

La science nous dessine le champ des possibles. Elle nous éclaire sur ce nouveau chemin à prendre. Mais elle ne vaudra que si elle est partagée. Il est donc essentiel aujourd’hui de partager les connaissances, de partager les données, et de renouer le dialogue entre la science et la société.

Les sciences océaniques sont un pilier du triptyque science-éducation-protection qui doit guider nos actions. Des outils innovants de formation et d’éducation à l’océanographie doivent être développés à tous les échelons et pour tous les acteurs de notre société.
La décision politique elle-même doit être prise en connaissance et en cohérence. Sur le long terme, l’éducation à l’environnement et à l’océan en particulier doit permettre de changer les mentalités.

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Ce “One Ocean Summit” a été l’occasion inédite d’une affirmation forte de volonté politique et d’une gouvernance maritime multilatérale, dans un monde post-pandémique qui doit voir l’océan à long-terme. Le signal est très positif pour une année 2022 qui met l’océan à l’honneur dans beaucoup de rendez-vous politiques internationaux, et qui devrait pouvoir voir la mise en application concrète de ces “Engagements de Brest”.

Dans la même dynamique, l’urgence est maintenant de connecter science et société. Nous devons faire en sorte que la connaissance scientifique des océans devienne un élément de notre culture commune et partagée des océans. C’est à cette seule condition que nous parviendrons collectivement à relever les défis qui se présentent à nous.

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